EschTechWeek 2026 : Esch-sur-Alzette s’affirme comme un véritable hub technologique
The Dots team I 2:32 pm, 9th April
Mercredi 25 mars, la place de l’Hôtel de Ville d’Esch-sur-Alzette a accueilli une nouvelle journée phare de la EschTechWeek 2026, dédiée à l’écosystème technologique local et aux multiples dimensions de l’intelligence artificielle — de ses opportunités à ses limites. Tout au long de la journée, experts, acteurs économiques et institutions ont croisé leurs regards sur les transformations en cours, avec une ambition commune : rendre la technologie compréhensible et accessible à tous.
La journée a été lancée par Bruno Cavaleiro, échevin de la Ville d’Esch-sur-Alzette et Raoul Roos, journaliste à RTL Lëtzebuerg, qui ont introduit les grandes thématiques d’un programme placé sous le signe de l’innovation, de la souveraineté numérique et de l’impact des technologies sur les entreprises et les citoyens. Dans son mot d’ouverture, Bruno Cavaleiro a insisté sur la volonté d’Esch de s’inscrire pleinement dans la stratégie nationale d’innovation et de développement économique, tout en devenant un acteur à part entière : « Esch a toujours été une ville de transformation, aujourd’hui elle devient une ville d’innovation. »
Smart City : des équilibres à trouver
La matinée s’est ouverte par une table ronde consacrée aux smart cities. Pour les intervenants, les applications les plus tangibles de l’IA à court terme concernent la mobilité en temps réel, la gestion intelligente de l’énergie et l’optimisation des services publics. Mais la technologie ne suffit pas : les experts ont insisté sur la nécessité d’adapter l’urbanisme, d’impliquer les citoyens et de garantir un équilibre entre exploitation des données, souveraineté numérique et respect de la vie privée. La question environnementale a également été posée, appelant à une approche plus sobre du déploiement de l’IA. Les échanges ont mis en avant l’importance de la co-création, avec des solutions pensées pour répondre à des usages concrets et non imposées aux citoyens.
Christophe Van Yck, Head of Network & Strategic Projects chez Orange Luxembourg, a ainsi mis en avant la maturité des infrastructures 5G et IoT qui forment l’ossature de la ville connectée. Sébastien Faye, Responsable du groupe Distributed & Intelligent Connectivity au LIST, a souligné l’apport des jumeaux numériques pour simuler la mobilité, l’énergie ou l’urbanisme. Jeannot Behm, Chef du service écologique de la Ville d’Esch-sur-Alzette, a rappelé l’importance d’une vision stratégique durable. La question de la donnée a également été au cœur des discussions, avec un enjeu fort de transparence, de maîtrise publique et de protection contre les usages externes non souhaités.
« Personne ne veut que son image soit utilisée sans son consentement », a rappelé Christophe Van Yck, soulignant l’importance d’un cadre de confiance autour des données.
« Il ne faut jamais oublier l’humain dans ces technologies », a insisté Jeannot Behm, appelant à placer le citoyen au cœur des projets.
Des champions européens
Yannis Nakos, Chief Innovation Officer du groupe NSI, a ensuite pris la parole pour analyser les tensions actuelles autour de l’intelligence artificielle. Dans un contexte marqué par l’accélération des géants technologiques chinois et états-uniens, il a défendu une approche européenne fondée sur la gouvernance, la souveraineté et la protection des données. Il a notamment mis en perspective une opposition croissante entre une IA américaine dominée par les plateformes et une IA chinoise plus intégrée au monde physique et industriel.
Yannis Nakos a également rappelé que l’Europe dispose de champions de l’IA couvrant l’ensemble de la chaîne de valeur — Mistral AI, Hugging Face, AMI, Aleph Alpha, Multiverse Computing ou encore Apertus — et qu’elle a su bâtir un cadre de confiance unique, conciliant protection et compétitivité.
Spatial et IA : quelle synergie ?
La deuxième table ronde a porté sur le spatial et la DeepTech. Les échanges ont mis en lumière le rôle clé de l’IA dans l’exploitation des données satellitaires produites en quantités massives, mais aussi dans l’autonomie des systèmes et la cybersécurité des infrastructures critiques. Les intervenants ont également rappelé que de nombreuses technologies du quotidien, comme la navigation GPS ou les applications de mobilité du quotidien, reposent directement sur ces innovations spatiales.
Dennis Wernerus, Chef adjoint de la représentation de la Commission européenne au Luxembourg, a rappelé le rôle structurant des initiatives européennes, notamment à travers les programmes Copernicus, Galileo et IRIS. Sabrina Alam, Responsable du département Espace au SnT de l’Université du Luxembourg, a expliqué comment les collaborations entre universités, startups et agences spatiales pouvaient accélérer l’innovation dans ce domaine.
« Nous ne faisons pas de l’IA seule, mais de l’IA avec l’humain », a-t-elle également rappelé, soulignant l’importance de garder l’humain dans la boucle.
Simon Litvinov, cofondateur de Stargate, a évoqué les défis des startups DeepTech, confrontées à des cycles de développement longs et des investissements importants, tandis que Kateryna Aheieva, Directrice de Bradford Space Luxembourg, a souligné les enjeux opérationnels du secteur.
L’IA au cœur de la santé
La pause déjeuner, qui a permis de prolonger les conversations initiées en matinée, a laissé place à une table ronde dédiée à la santé, modérée par Andreea Munteanu, Responsable de la stratégie communautaire et partenariale chez Hive Services. Les échanges ont porté sur l’impact de l’IA dans la pratique médicale, entre augmentation des capacités des médecins et transformation des parcours de soins, avec un consensus autour d’une approche “augmentée” : l’IA vient soutenir les professionnels sans se substituer à leur expertise.
Adam Selamnia, cofondateur et Directeur du Business Development de NIUM, a évoqué l’évolution du rôle des technologies dans les parcours de soins. Le Dr René Metz, Directeur général du Centre Hospitalier Emile Mayrisch, a mis en avant les usages cliniques les plus prometteurs et leurs limites actuelles. Régis Cire, Responsable de la stratégie internationale HealthTech chez Luxinnovation, a mis en perspective les efforts du Luxembourg pour renforcer son attractivité dans ce domaine.
Dans la foulée, Andreea Munteanu a également animé la session “Elevator Speeches – Focus HealthTech by Hive Services”, qui a permis de mettre en lumière plusieurs initiatives innovantes du secteur. Alex Howell, Responsable des opérations régionales et des relations chez Dalza, a présenté une plateforme numérique dédiée à l’accompagnement des enfants neurodivergents. José Morente, Responsable des Relations Publiques et de la Production chez USIL Therapeutics, a évoqué les avancées de son organisation dans le domaine des thérapies innovantes. Enfin, Marie-Anne Berron, Cofondatrice et responsable de la recherche et de la neurolinguistique chez HappyKids, a partagé son approche centrée sur le développement cognitif et linguistique des enfants.
IA : au-delà de la technologie, une question de société
En ouverture de l’après-midi, Alex Panican, Deputy CEO de la Luxembourg House of Financial Technology (LHoFT), a proposé une keynote consacrée aux enjeux sociétaux de l’IA. Il a notamment souligné que la principale crainte liée à l’IA n’était pas tant le remplacement de l’humain que la perte de notre capacité de jugement et de réflexion. Interrogé sur la multiplication des projets d’IA, il a également posé une question clé : comment structurer une économie durable autour des agents intelligents ?
Adapter les compétences à un monde en mutation
La table ronde dédiée aux talents, modérée par Carlos Breda, coordinateur général du CIGL d’Esch-sur-Alzette, a mis en lumière l’évolution des compétences face à l’IA. Esprit critique, apprentissage continu et collaboration homme-machine ont été identifiés comme essentiels.
Les intervenants ont insisté sur la nécessité d’accélérer l’adaptation des systèmes de formation et de renforcer les dispositifs de re-skilling, tout en soulignant que les compétences humaines — esprit critique, capacité d’adaptation — deviennent aussi importantes que les compétences techniques.
Lise Roda, Responsable des Ressources Humaines Europe chez Bank Pictet & Cie (Europe) AG, a évoqué l’évolution des métiers dans la finance face aux nouvelles pratiques induites par l’IA. Marie-Hélène Jobin, Vice-Rectrice aux Partenariats et aux Relations Internationales à l’Université du Luxembourg, a insisté sur l’intégration de l’IA dans toutes les disciplines, au-delà des seules filières techniques. Pierre de la Celle, Responsable des services numériques du LMDDC, a souligné le rôle joué par les acteurs du développement économique dans l’attractivité du Luxembourg pour les talents et les startups en IA. Pierre Gillet, Formateur et Responsable du pôle Numérique et Data au CNFPC d’Esch-sur-Alzette, a mis en avant l’importance de la formation continue. Sven Baltes, Directeur de Jonk Entrepreneuren Luxembourg, a abordé les transformations du leadership, tandis que Sonia Duarte, Cheffe-adjointe du Service Formation de l’ADEM, a évoqué les dispositifs d’accompagnement des travailleurs face aux mutations du marché de l’emploi.
Changer d’échelle
Lors de la table ronde consacrée à l’adoption de l’IA en entreprise, les échanges ont mis en lumière les difficultés persistantes à franchir le cap entre projets pilotes et déploiement à grande échelle. La qualité des données, l’accompagnement au changement et l’adhésion des équipes ont été identifiés comme des freins majeurs, à la fois organisationnels, culturels et liés au manque de compétences. Une question centrale s’est également imposée : comment automatiser les processus sans fragiliser les équipes, et faire de l’IA un levier d’amélioration du travail plutôt qu’un facteur de substitution ?
« Le principal frein reste l’humain et l’organisationnel : il faut que les équipes adhèrent aux processus de transformation », a souligné Gilles Gérard, CEO de Luxlait.
Daniel Mathieu, Chief Information Officer de CFL, a évoqué la place de l’IA dans l’amélioration de la gestion des infrastructures ferroviaires et son rôle dans l’amélioration de l’expérience des voyageurs. Gilles Gérard a témoigné des gains possibles en matière de production et de maintenance. Laurent Schonckert, Administrateur et membre du conseil de surveillance de Cactus S.A., a abordé la transformation de l’expérience client que permet l’IA dans le retail, tandis que Son Cao, CIO & Head of Technology chez ArcelorMittal Europe, a insisté sur les enjeux de performance industrielle et énergétique. Tous ont convergé vers une même idée : l’IA devient un levier de création de valeur, à condition de réussir son intégration à grande échelle.
Finance : entre innovation et régulation
La table ronde dédiée à la finance, modérée par Alex Panican (LHoFT) a mis en évidence un secteur déjà avancé dans l’usage de l’IA. Les discussions ont notamment porté sur l’automatisation des processus, la détection des fraudes et l’émergence d’une finance plus conversationnelle portée par les agents IA, ainsi que sur les enjeux de création de valeur, de gestion des risques et de transparence dans un environnement fortement régulé.
Arnaud Clément, Head of Payments and Innovation à l’ABBL et membre du European Payments Council, a évoqué les défis collectifs du secteur bancaire. Frédéric Moioli, Business Specialist Data & IA chez DEEP, a apporté un éclairage sur les usages de la donnée. Kozi Vuti, Directeur des Opérations IA & Innovation chez NSI France, a insisté sur les défis d’industrialisation des projets. David Kiener, Cofondateur et CEO de FundsQ, a illustré les transformations en cours dans la RegTech et la conformité.
Une question de confiance
Emmanuel Matiron, Data & AI Business Development Manager chez DEEP, est pour sa part revenu sur les enjeux cruciaux de régulation, de souveraineté et de responsabilité liés à l’usage de l’intelligence artificielle. Il a notamment insisté sur un basculement majeur : la question n’est plus seulement technologique, mais profondément liée à la confiance accordée aux systèmes d’IA. « Peut-on faire confiance à l’IA, à grande échelle ? », s’est-il interrogé, soulignant un véritable changement de paradigme : la question n’est désormais plus celle de la performance, mais bien celle de la confiance. Dans ce contexte, maîtrise et confiance ne doivent pas être perçues comme des contraintes, mais comme des choix stratégiques — d’autant plus essentiels dans un écosystème exigeant comme celui du Luxembourg.
La journée s’est achevée avec la conférence de Serge Linckels, Directeur général du Digital Learning Hub Luxembourg, proposant une lecture accessible et pédagogique de l’intelligence artificielle, entre usages concrets, défis et transformation des organisations.
Rendre l'IA compréhensive, concrète et accessible
À travers cette journée, la EschTechWeek a confirmé sa capacité à fédérer l’ensemble des acteurs autour d’un enjeu central : faire de l’intelligence artificielle un outil concret, responsable et accessible, au service de la société.
En mettant en lumière les acteurs du territoire et en valorisant l’écosystème tech luxembourgeois, cette seconde édition de la EschTechWeek s’inscrit pleinement dans une dynamique d’accompagnement face aux transformations en cours — avec un principe fondamental : ouvrir ces échanges au plus grand nombre, à travers un événement gratuit et accessible à tous. Esch-sur-Alzette s’affirme ainsi comme un véritable hub technologique, réunissant celles et ceux qui innovent, expérimentent et imaginent le monde de demain.
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